Transmission⏱️ Lecture : 13 min✍️ Équipe éditoriale LeCoinPatrimoine : veille immobilière et fiscale🔎 Vérifié le 14 août 2026

Vendre en nue-propriété : encaisser un capital et rester chez soi

Vous êtes propriétaire de vos murs mais à court de liquidités. Vendre la nue-propriété permet de percevoir un capital immédiat, sans rente ni déménagement, tout en conservant l'usage du logement jusqu'à la fin de vos jours.

Vous êtes propriétaire, vous avez passé la soixantaine, et votre patrimoine est presque entièrement immobilisé dans les murs où vous vivez. Vous êtes « riche en pierre, pauvre en liquidités ». La vente en nue-propriété répond exactement à cette situation : vous vendez les murs, vous encaissez un capital immédiat, et vous continuez d'habiter chez vous jusqu'à la fin de vos jours.

Attention à ne pas confondre les deux faces du démembrement. Ce guide traite de la position du vendeur. Si vous cherchez au contraire à acheter de la nue-propriété décotée pour vous constituer un patrimoine, c'est l'autre guide qu'il vous faut : Viager & Nue-propriété, le point de vue de l'investisseur.

🔑 1. Ce que vous vendez, ce que vous gardez

La pleine propriété d'un logement se décompose en deux droits qui peuvent appartenir à deux personnes différentes :

Ce que vous cédez : la nue-propriété

Les murs. L'acheteur devient propriétaire du bien mais ne peut ni l'occuper, ni le louer, ni le vendre libre tant que votre droit court. Il achète du temps, pas un logement.

Ce que vous conservez : l'usage

Le droit de vivre chez vous, ou d'en tirer des loyers selon la formule retenue, jusqu'à votre décès, sans loyer, sans rente à percevoir, sans contrepartie mensuelle.

En échange de cette privation d'usage, l'acheteur vous verse un capital unique, en une fois, le jour de la signature. Ce capital correspond à la valeur du bien diminuée de la valeur de votre droit d'occupation : c'est la décote. Plus vous êtes jeune, plus votre droit vaut cher, et plus la décote est forte.

⚖️ 2. Vente en nue-propriété ou viager occupé ?

C'est la question que tout le monde se pose, et la réponse tient en un mot : l'aléa.

Vente en nue-propriétéViager occupé
Ce que vous recevezUn capital unique à la signatureUn bouquet, plus une rente mensuelle à vie
Après la ventePlus rien à attendre : tout est encaisséVous dépendez du versement régulier de l'acheteur
Risque d'impayéAucun : la vente est soldéeRéel : il faut une clause résolutoire et un privilège du vendeur
Si vous vivez très vieuxSans effet : le prix est déjà payéVous continuez de percevoir la rente, à votre avantage
Si vous décédez tôtVos héritiers gardent le capital déjà encaisséLes rentes s'arrêtent : l'opération a peu rapporté
Marché d'acheteursLarge : investisseurs, institutionnels, SCPIPlus étroit, réputation encore difficile

Comment trancher, concrètement. Si votre objectif est de sécuriser un capital (aider vos enfants, financer des travaux, un déménagement, ou simplement dormir tranquille), la vente en nue-propriété est plus adaptée : vous ne dépendez de personne après la signature. Si votre objectif est d'améliorer vos revenus mensuels de façon durable, le viager occupé remplit mieux ce rôle, au prix d'un lien financier qui dure avec l'acquéreur.

Quel capital puis-je encaisser ?

Valorisation d'après le barème fiscal de l'usufruit selon l'âge (article 669 du CGI).

Le droit que vous conservez
Part d'usufruit (barème art. 669 CGI)30 %
Valeur du droit que vous gardez90 000 €
Capital encaissé à la signature210 000 €

Soit 70 % de la valeur du bien, perçus en une seule fois. En conservant l'usufruit, vous gardez la possibilité de louer le logement, au prix d'un capital plus faible.

Estimation pédagogique. Le barème de l'article 669 du CGI sert de référence fiscale, mais le prix réel se négocie : les opérateurs retiennent souvent une valeur économique du droit conservé (loyer théorique capitalisé sur l'espérance de vie), qui peut s'en écarter sensiblement. Seule l'expertise du bien par un notaire fait foi.

🏠 3. Usufruit ou droit d'usage et d'habitation : le choix qui décide de tout

C'est le point le plus mal compris, et pourtant celui qui aura le plus de conséquences concrètes sur votre vie. Vous ne conservez pas « un droit d'habiter » indistinct : vous conservez l'un ou l'autre de deux droits très différents, et le notaire l'écrira noir sur blanc dans l'acte.

L'usufruit

Vous pouvez habiter le logement ou le mettre en location et en encaisser les loyers. C'est le droit le plus large, donc le plus cher. Comme vous conservez davantage de valeur, il en reste moins à vendre : le capital que vous encaissez est plus faible.

Le droit d'usage et d'habitation (DUH)

Vous pouvez habiter le logement, et rien d'autre. Le Code civil interdit de céder ou de louer ce droit (articles 631 et 634). Il vaut donc moins cher que l'usufruit, souvent estimé autour de 60 % de sa valeur, ce qui augmente le capital que vous encaissez.

Le scénario dont personne ne parle : le départ en maison de retraite

Imaginez que dans huit ans, votre santé vous impose d'entrer en EHPAD. Le logement se vide.

Avec un usufruit, vous le louez : les loyers vous aident à financer l'établissement. Avec un droit d'usage et d'habitation, vous ne pouvez pas : le logement reste vide, et vous payez l'EHPAD sur vos seules ressources. C'est l'écart entre les deux formules à l'instant précis où l'argent devient vital.

Ce n'est pas une fatalité : les droits d'usage et d'habitation se règlent d'abord par le titre qui les a établis (article 628 du Code civil). Une clause de l'acte peut prévoir la possibilité de louer en cas de dépendance, ou la conversion du droit en rente. Exigez-la, et faites-la rédiger avant la signature : après, il sera trop tard.

💶 4. Après la vente : qui paie quoi ?

Vendre la nue-propriété ne vous décharge pas de tout. La répartition est fixée par le Code civil et vaut, sauf clause contraire de l'acte :

DépenseÀ votre charge (usufruitier)À la charge de l'acheteur
Taxe foncière✅ Oui : l'imposition est établie au nom de l'usufruitier❌ Non
Taxe d'habitation (résidence secondaire), redevances✅ Oui❌ Non
Entretien courant, petites réparations✅ Oui (article 605)❌ Non
Charges de copropriété courantes✅ Oui❌ Non
Gros murs, voûtes, poutres, toiture entière, murs de soutènement❌ Non✅ Oui (article 606)
Assurance du logement✅ En pratique, ouiAssurance propriétaire non occupant

La liste de l'article 606 est limitative, et courte. Gros murs, voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, digues, murs de soutènement et de clôture : tout le reste est réputé être de l'entretien, donc à votre charge. Une chaudière à remplacer, une fenêtre, une réfection partielle de toiture ne sont pas des « grosses réparations » au sens du Code civil. Si vous vendez à 75 ans un bien qui aura besoin d'une chaudière dans cinq ans, cette dépense sera pour vous. Chiffrez-la avant de fixer votre prix.

📊 5. La fiscalité du vendeur : deux bonnes nouvelles

Votre plus-value est très probablement exonérée

Si le logement vendu est votre résidence principale au jour de la vente, la plus-value est exonérée d'impôt et de prélèvements sociaux. Et le fait de ne céder que la nue-propriété n'y change rien : l'administration précise que lorsque la cession porte uniquement sur l'usufruit ou sur la nue-propriété d'un immeuble détenu jusque-là en pleine propriété, l'exonération reste applicable, toutes les autres conditions étant remplies.

Si le bien vendu n'est pas votre résidence principale, le régime de droit commun s'applique : plus-value calculée sur la seule valeur de la nue-propriété cédée, avec les abattements pour durée de détention (exonération d'impôt sur le revenu à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans).

Votre IFI baisse fortement, sous une condition à ne pas rater

Le principe de l'IFI est brutal : un bien démembré est en général imposé chez le seul usufruitier, pour sa valeur en pleine propriété. Vendre la nue-propriété ne changerait donc rien à votre IFI.

Sauf que la vente en nue-propriété fait précisément partie des exceptions prévues par la loi. Quand le démembrement résulte de la vente d'un bien dont le vendeur s'est réservé l'usufruit, le droit d'usage ou d'habitation, l'imposition est répartie entre vous et l'acheteur selon le barème de l'article 669 du CGI : vous ne déclarez plus que la valeur de votre usufruit.

La condition qui fait tout basculer : ne vendez pas à vos enfants

Cette répartition n'est admise qu'à la condition que l'acquéreur ne soit pas l'une des personnes visées à l'article 751 du CGI : c'est-à-dire, pour l'essentiel, vos héritiers présomptifs, leurs descendants, ou des personnes interposées.

Autrement dit : vendre la nue-propriété à un investisseur tiers vous fait sortir la nue-propriété de votre assiette IFI. La même opération réalisée au profit de votre fils ou de votre fille vous laisse imposable sur la valeur en pleine propriété, et fait en plus peser une présomption fiscale sur l'opération au moment de la succession. Si votre objectif est de transmettre à vos enfants, ce n'est pas ce montage qu'il faut employer, mais la donation avec réserve d'usufruit.

L'effet sur votre assiette IFI

En cas de vente de la nue-propriété avec réserve d'usufruit à un acquéreur tiers, vous ne déclarez plus que la valeur de votre usufruit (art. 968, 2° du CGI).

Le logement vendu (300 000 €) et votre âge (72 ans) sont repris du simulateur précédent.

Assiette avant la vente1 200 000 €
Assiette après la vente990 000 €
Base immobilière retirée− 210 000 €

L'IFI n'est dû qu'au-delà de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net taxable, selon un barème progressif. Chiffrer l'impôt réellement dû.

Attention : cette répartition suppose un acquéreur qui n'est pas l'une des personnes visées à l'article 751 du CGI. Une vente à vos enfants vous laisserait imposable sur la valeur en pleine propriété.

👨‍👩‍👧 6. Et vos héritiers dans tout ça ?

Soyons direct : vos enfants n'hériteront pas de ce logement. À votre décès, votre usufruit s'éteint, l'acheteur récupère automatiquement la pleine propriété, et cette réunion ne donne lieu à aucun droit de succession pour lui.

Ce que vos héritiers reçoivent, c'est ce qui reste du capital que vous avez encaissé : placé, donné de votre vivant, ou consommé. C'est un arbitrage assumé, pas un accident : vous convertissez un bien qu'ils auraient reçu plus tard en argent disponible aujourd'hui, pour vous ou pour eux.

Deux réflexes avant de signer. D'abord, parlez-en à vos enfants : la quasi-totalité des conflits sur ces opérations naissent d'une décision découverte après coup. Ensuite, si votre intention est de leur transmettre une partie du produit de la vente, faites-le de votre vivant et par écrit : un don manuel déclaré, ou une donation devant notaire, profite de l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Un capital non organisé se retrouve dans la succession et supporte les droits normalement.

✅ 7. Votre check-list avant de signer

1

Faites estimer le bien par deux professionnels indépendants

Toute la décote se calcule sur la valeur en pleine propriété. Une estimation basse de 30 000 € vous coûte directement 30 000 € × votre part de nue-propriété.

2

Choisissez en conscience entre usufruit et droit d'usage

Le DUH augmente votre capital mais vous prive de toute location future. Ne cédez sur ce point qu'après avoir envisagé l'hypothèse d'un départ en établissement.

3

Faites écrire la répartition des charges dans l'acte

Le Code civil s'applique par défaut, mais l'acte peut aménager la répartition. Faites préciser le sort des travaux lourds, du ravalement voté par la copropriété et des appels de fonds.

4

Vérifiez l'identité de l'acquéreur au regard de l'article 751 du CGI

Un acheteur qui figure parmi vos héritiers présomptifs vous fait perdre le bénéfice de la répartition de l'IFI. Ce point se vérifie avant la signature, pas après.

5

Prévoyez ce que devient le capital dès le premier jour

Un capital de 200 000 € laissé sur un compte courant perd du pouvoir d'achat chaque année et gonfle votre succession. Décidez de son emploi avant de l'encaisser, pas après.

⚠️ Note importante de prudence

La vente en nue-propriété est une opération irréversible. Vous ne pourrez ni revenir en arrière, ni revendre le bien libre, ni le transmettre à vos enfants. Elle se justifie quand le besoin de liquidités est réel et que la transmission de ce logement précis n'est pas une priorité, pas comme une simple optimisation fiscale.

Ce guide a une vocation purement pédagogique et ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement officiel. Les montants calculés ici sont des estimations : seul un notaire, sur la base d'une expertise du bien et de votre situation familiale, peut chiffrer et sécuriser l'opération. Consultez-le avant tout engagement.

Questions Fréquentes (FAQ)

Sources officielles principales

Références primaires utilisées pour contrôler les règles et hypothèses de cette page. Liste non exhaustive.

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